Un chien vole la vedette dans le blockbuster - L'Odyssée
Le cheval de Troie a beau dominer de toute sa hauteur Argos, le fidèle compagnon à quatre pattes de L’Odyssée, c’est bien Argos qui frappe le plus fort au cœur.
L’adaptation à grand spectacle du poème épique d’Homère, L’Odyssée, était le plus gros pari de la carrière de Nolan : il est gagné, et on le doit à un chien.
L’un des ressorts essentiels de ce succès n’est autre qu’Argos, le fidèle chien d’Ulysse. Comme le dit le réalisateur Christopher Nolan : « C’est la plus belle
histoire de chien jamais racontée. » Avec un budget dépassant les 250 millions d’euros, le film avait besoin d’un public colossal ne serait-ce que pour rentrer
dans ses frais. Le box-office de L’Odyssée a vite franchi ce seuil, porté par des légions d’amoureux des chiens faisant la queue devant les cinémas. Ouaf ouaf.
Le lien canin est au cœur de l’air du temps de cette épopée antique portée à notre époque.
Nolan a décrit L’Odyssée comme « l’histoire de chien ultime ». Le lien canin entre notre héros et Argos s’est imposé à lui dès le départ. Lorsqu’Ulysse revient enfin à Ithaque, déguisé en mendiant, il retrouve son vieux chien de chasse Argos, qui a patiemment attendu son retour. Argos s’éteint paisiblement peu après, offrant l’un des moments les plus forts de l’épopée aux yeux de Nolan – d’une émotion profonde. Cette scène de mort bouleverse et illustre le lien indéfectible entre l’homme et le chien.
Le choix de la race pour incarner ce rôle clé s’est porté sur un chien à la lignée magnifique : le Podengo portugais. Et, comme l’histoire elle-même, ce superbe chien de chasse possède un passé qui remonte à des milliers d’années. Dans le poème épique d’Homère, Argos attend vingt ans le retour de son maître, parti pour la guerre de Troie. Après deux décennies, Ulysse revient déguisé en mendiant : Argos est l’un des rares à le reconnaître, avant de s’éteindre. Cette séquence, d’une poignante douceur, contraste violemment avec le sang, la fureur et le chaos assourdissant des batailles.
Le réalisateur Christopher Nolan a confié au Hollywood Reporter que la place du chien dans le film lui avait largement été inspirée par le fait d’en avoir adopté un lui-même. « C’est amusant de regarder les films qu’on a faits et de voir à quel point ils font écho à sa propre vie. Vous vous mariez, et vous réalisez un film où cette relation est centrale. Vous avez des enfants, et vous vous retrouvez à faire des films sur le fait de rentrer à la maison pour eux. Je n’avais jamais eu de chien, et il y a quelques années, nous avons pris notre premier chien au moment où les enfants partaient à l’université. Ils l’ont plutôt mal pris. Ils avaient toujours voulu un chien, et nous n’avions jamais pu en avoir parce que nous voyagions trop. Et puis arrive L’Odyssée, le film de chien ultime. J’étais donc bien mieux préparé à m’attaquer au film de chien ultime après être devenu propriétaire d’un chien », a déclaré le réalisateur, ajoutant : « J’ai fini par avoir un chien, et oui, ça change une vie. »
Christopher Nolan n’est devenu maître d’un chien que récemment. Une fois ses enfants partis à l’université, lui et son épouse, Emma Thomas, ont enfin adopté un labrador chocolat prénommé Charlie. Nolan a raconté à l’animateur américain Stephen Colbert que vivre ce lien de « parent de chien » lui avait fait mesurer toute la portée d’Argos, le chien fidèle d’Ulysse. Il a déclaré : « J’ai décidé de faire L’Odyssée parce que c’est l’histoire de chien ultime. »
Mieux encore : Nolan a célébré ce lien canin en donnant le nom de son nouveau compagnon comme nom de code à ce projet hollywoodien aux moyens colossaux. Pendant son développement, ce blockbuster à plusieurs millions a circulé chez les directeurs de casting et les créatifs sous le titre Charlie’s Tale. Voilà un bel hommage : un nom de code canin. Nolan s’est attaqué à des films d’action à gros budget comme Batman et à des films de guerre d’une ampleur immense comme Dunkerque, mais L’Odyssée – tout en jouant sur une échelle épique – résonne d’une note singulièrement personnelle chez ce réalisateur qui a dirigé certaines des productions les plus coûteuses d’Hollywood. Le touchant lien canin qui a permis à L’Odyssée de voir le jour dit tout du lien magique et indéfectible entre l’homme et le chien. La sincérité de ce lien transparaît à travers le fracas et la fureur du film et lui donne un cœur. Un cœur de chien. Le cheval de Troie a beau être bien plus imposant qu’Argos, en termes de puissance dramatique, c’est Argos qui le domine de toute sa hauteur.